mercredi 12 octobre 2016

L'Humour à mort

Petit éloge du rire sur tout


« Mieux vaut plaisanter sur Auschwitz avec un juif que jouer au Scrabble avec Klaus Barbie » disait notre regretté Desproges, surfant comme toujours sur la vague comique qui inonde la frontière entre bon et mauvais goût. Outre les salves d'aphorismes hilarants auquel l'auteur nous a habitués, cette formule trublionne tient une réflexion sur le rire et l'humour en général. Aujourd'hui, plus que jamais, et cela on l'a beaucoup dit, la démocratisation d'internet a permis une radicalisation de l'humour dans les deux sens : d'un côté un politiquement plus correct que la grammaire d'un Bescherelle, et de l'autre, un humour plus noir que la plus discutable des pubs Banania des années 50. Premier paradoxe de la situation nouvelle, si internet est le nouveau royaume où vit chacun dans l'exercice de son égalité, il en devient parfois un terrain limité d'expression où la milice de la bien-pensance n'a encore pas renoncé aux crucifixions publiques. Soyons clairs, il ne s'agit pas de légitimer l'intolérance ou l'incitation à la haine mais plutôt de laisser un peu plus de place à l'humour. Si certes la frontière semble parfois ténue, il semble évident qu'un Desproges n'a rien d'un Dieudonné et que le premier riant de tout ne saurai servir d'alibi au venin du second. Rappelons le, l'humour n'est jamais une forme d'oppression et c'est pour cette raison que Dieudonné n'est tout simplement pas drôle. Il ne s'agit pas ici d'une échelle de valeur, de qui est bon, de qui ne l'est pas, mais plutôt d'une capacité à tracer les limites entre le rire, qui part de l'intelligence, et la bile, qui part de la haine. Peut-on rire de tout aujourd'hui ? Oui, et on le doit.

DE TOUT on vous dit
L'humour est toujours un refus de la littéralité ; ainsi la croisade que mènera toujours l'humour ne sera jamais contre une minorité ou un groupe, mais contre une idéologie, un fondamentalisme, quelque soit le combat. Plaisanter au sujet d'un peuple, d'une religion, ou de n'importe quelle minorité ne doit jamais être proscrit. En premier lieu, supposer que seule la majorité « normative » peut être tournée en dérision est réducteur et paternaliste à l'égard des minorités. Dans toute censure il y a l'aveu involontaire que ce que l'on cache est vrai. En effet c'est toujours la réalité que la censure s'applique à obstruer et par erreur les censeurs de la bien-pensance valident ce qu'ils tentent d'étouffer. D'aucuns pourraient rétorquer que la censure est une protection contre des idées dangereuses qui peuvent blesser les dites minorités. A cela, je répondrais deux choses : d'une part toute censure pour protéger le peuple – fût-ce d'une idée abject – revient à considérer le peuple incapable de réflexion, ce qui est le ressort principal du fascisme ; d'autre part, l'humour ne blesse pas la minorité tant qu'il est compris, quand bien même il ne fait pas rire, c'est l'incitation à la haine qui est dangereuse et répréhensible. Entre les deux, s'il n'y a qu'un pas, admettons qu'il s'agit d'un pas de géant. 
Quand aux sujets soit-disant « tabous », beaucoup considèrent qu'on ne peut ni ne doit rire d'aucune minorité opprimée. Plaçons donc Desprogres à côté de Mein Kampf dans toutes bonnes bibliothèques et OSS117 au registre du Fardeau de l'homme blanc ; quoi de plus tabou en effet que la Shoah et le colonialisme ? Plus sérieusement, tenter de bannir tout un sujet du spectre humoristique, sous prétexte qu'il touche à un point trop sensible de l'histoire ou de la société, est une aberration. A cela on me répondra que c'est aux minorités de plaisanter sur elles-mêmes et ainsi il n'y aura pas d’ambiguïté. Nous seulement cela reviendrait à considérer que selon l'appartenance du locuteur à un groupe (ethnique, sexuel, religieux), la même blague devrait être bien ou mal prise – ce qui est, vous en conviendrez, quelque peu étonnant - ; mais en plus cela ne ferait que renforcer l'idée que finalement, les individus n'ont pas les mêmes droits. Dans le monde parfait, faudrait-il que les frères Cohen aient le monopole de l'humour juif ? Que Florence Foresti soit seule à parler des femmes ? Que Chris Rock truste la dérision ethnique ? Et si l'humour sur les transsexuels venait à se développer, devrions nous le réserver aux sœurs Washowsky ? Non, et heureusement. Rire est et doit rester l'affaire de tous. 

"Certains ont défini l'homme comme un "animal qui rit". Ils pourraient aussi le définir justement comme un animal dont on rit."
Peut-être le plus beau texte sur le rire est-il celui de Bergson ; sans rentrer dans une précision philosophique pédantesque, il me semblait intéressant de convoquer cette référence. Selon lui, l'essence du rire est l'humain, tout ce qui provoque le rire est nécessairement à caractère humain (c'est pour ça qu'un singe avec un chapeau nous fera toujours plus rire qu'un caillou), et ainsi donc, dans chaque éclat de rire doit résider le lien entre l'humanité du sujet et l'humanité de l'objet. Expliquons : l'humour est le lien entre l'humanité de celui qui rit et l'humanité de ce qui le fait rire. Aussi l'humour concernant les minorités n'est-il pas une moquerie mais la certitude absolue que nous faisons tous partie d'une même humanité. Ce que les défenseurs de l'absolu politiquement correct n'ont pas compris, c'est que les plaisanteries tournées vers des minorités (opprimées ou non) permettent plus souvent l'intégration de celles-ci dans les consciences communes que ne les mettent au ban de la société. Rappelons le encore et toujours, on n'est jamais trop prudent, il s'agit bien d'humour et non de moqueries, les deux termes ne sont pas synonymes et tendent même à s'opposer l'un à l'autre.


Posons que s'affirmer antisémite, homophobe, transphobe, raciste, misogyne est incompatible avec la revendication de faire de l'humour. Mais n'oublions pas, que de la même façon, s'affirmer misandre, hétérophobe, cisphobe ou opposé à une ethnie majoritaire, l'est tout autant. La tolérance se veut une vertu universelle, tout comme l'humour.

Nerd Anonyme


1. Première image tirée de cette vidéo satirique 
2. Le Rire est disponible en version pdf gratuitement 

mardi 27 octobre 2015

Nietzsche remplace Kojima pour le prochain Metal Gear Solid

Les citations de Metal Gear Solid V  

Après avoir généreusement donné quatre-vingt-cinq heures de ma vie à Metal Gear Solid V : The Phantom Pain, j’ai réalisé qu’il était peut-être temps d’ouvrir les rideaux et voir si la troisième guerre mondiale n’avait pas éclaté. Rassurée de voir un soleil lumineux dans le ciel bleu, c’est sans remord que je me pose tranquillement devant mon pc pour écrire un petit article sur cet opus. En effet, MGS V regorge de bons gros sujets puisqu’il en évoque environ une demi-tonne allant de la philosophie du langage finissant sur la réalité en passant par le culte de la personnalité et par une philosophie propre aux jeux-vidéos. Je ne vais pas pouvoir évoquer tout ça dans cet article parce qu’il serait trop long alors on va aborder le jeu au travers des deux citations qu’il propose, une de Cioran et l’autre de Nietzsche qui sont deux gars que j’aime de tout mon cœur. Peut-être qu’un jour je ferais un autre article pour développer tous les points que je vais omettre ici. De plus cher lecteur innocent,  je te préviens, à partir de maintenant on va spoiler sans vergogne alors si tu n’y as pas joué ou que tu ne l’a pas fini, mieux vaut t’arrêter, poser les armes et me tourner le dos pour aller réfléchir en Alaska.
Pour les autres, froncez les sourcils, affichez un air badass, portez vos combinaisons moulantes d’espion et suivez Big Boss.   

"J'ai mis mon plus beau masque de Zorro"

« On n’habite pas un pays, on habite une langue. Une patrie c’est cela et rien d’autre. » - Emil Cioran

Si MGS V commence bien c’est qu’il démarre sur les chapeaux de roues avec une citation de mon philosophe favori (rien que ça). Alors ce cher Emil je l’ai déjà évoqué rapidement dans quelques articles précédents donc je ne vais pas m’étaler dans sa présentation. Faut retenir que ce mec était roumain mais il est parti faire ses études à Paris sauf qu’il a dû y rester parce que le régime installé en Roumanie après la seconde guerre mondiale était communiste et lui a interdit de rentrer. Cioran va donc abandonner petit à petit la langue Roumaine (vous voyez, déjà on parle de l’importance de la langue restez concentré) pour le français. La plupart de ses livres sont des recueils d’aphorismes (genre des citations qu’on retrouve sur evene) alors ça se lit assez vite et je ne saurais que trop vous le conseiller tellement c’est incroyable. Je le vend un peu ce petit gars parce qu’il est pas très connu et qu’il est pourtant fort intelligent.
Si le jeu commence sur cette citation, c’est que MGS V a toute son intrigue (ou presque) centrée sur la langue, ses dangers, son importance. Rappelons que le méchant du premier chapitre, Skull Face a pour dessein de tuer tous ceux qui parlent anglais, rien que ça. Le petit discours qu’il déclame alors qu’on fait une balade en voiture dans le plus grand des calmes expose tous les enjeux. La langue a une importance plus immense que ce que l’on pense et on peut déjà lui trouver deux fonctions majeures : elle structure la pensée et elle forme une appartenance.
« Avec chaque changement, j’ai moi aussi changé. Mes pensées, ma personnalité, ma vision du bien et du mal… » Dit Skull Face. On peut légitimement être perplexe face à cette importance donnée à la langue mais, il s’avère que le système de signes qu’est le langage est ce qui nous fabrique entièrement. Lorsqu’on pense, qu’on réfléchit, qu’on veut développer des idées, on est limité par les mots, encadré par notre langue. Le langage n’existe pas, seules les langues existent. Quand tu évoques un simple mot, tu l’exprime chargé de tout son sens social et historique, il n’est pas flottant mais ancré dans la société. Emile Benveniste (à croire que ce prénom incite à ce genre de réflexions) un linguiste français du XXe siècle explique dans ses Problèmes de linguistique générale que la pensée et le langage se créent en même temps puisque le langage inscrit les choses dans le réel et penser c’est justement reproduire ce réel pour soi. Ainsi la langue est plus influente qu’on ne le croit parce qu’elle crée sens, symboles donc réalité. Et ces symboles ne sont pas les mêmes dans toutes les langues voilà pourquoi certains mots n’ont pas d’équivalence d’une langue à une autre. « On habite une langue » et l’on notera que les pays parlants les mêmes langues ont des ressemblances mine de rien : L’Angleterre et les Etats-Unis, sont des pays où, même si ils n’étaient pas parfaits, des régimes parlementaires se sont mis en place bien plus tôt dans l’histoire qu’en France (qui s’est inspirée d’eux pour sa révolution) et, paradoxalement, ce sont aussi deux pays plus aptes au « culte » de leur dirigeant : le président aux USA doit être parfaitement transparent envers son peuple et les anglais ont leur Reine. Peut-être que j’exagère un peu mais vous comprenez l’idée que langue = pensée et culture, qu’on le veuille ou non.
Ainsi Skull Face est tout colère parce qu’on lui a volé sa pensée mais en plus de ça il accuse Zero de vouloir contrôler le monde avec l’anglais. Parce que oui, si une langue forge une culture, une langue pour tous unifie et influence, d’où la critique aujourd’hui même de l’hégémonie de l’anglais (comme quoi tout est lié huhu). Ce n’est pas pour rien que lors de différentes révolutions qui se sont déroulées en Europe aux XVIIIe et XIX siècles, l’une des idées première était de codifier parfaitement une langue pour affirmer un langage national et ainsi légitimer et unifier un peuple.
Voilà pourquoi notre grand méchant au visage assez effrayant ne veut pas exterminer un pays mais la langue qu’il exporte parce qu’avec celle-ci il exporte pensées, idéaux, culture et unification. La langue que nous parlons nous forme et on comprend ainsi pourquoi Skull Face parle de « la peine à perdre sa propre langue » en écho à Cioran qui dans une lettre évoquait le « drame d’écrire dans une langue qui n’est pas la [sienne] ».

#JeSuisBigBoss

« Les faits n’existent pas, il n’y a que des interprétations. » - Friedrich Nietzsche

Pour commencer, essayez de prononcer le nom de ce type tout haut, très vite, en boucle, vous allez voir c’est hyper difficile. Friedrich Nietzsche a réussi l’exploit d’avoir un prénom aussi dur à prononcer qu’à écrire. Nietzsche, l’homme à la moustache fabuleuse (je vous jure, allez vérifier sur google), est un allemand plutôt famous donc pas besoin d’une présentation détaillée. Il est aujourd’hui encore très influent dans les philosophies contemporaines et a notamment beaucoup influencé Cioran (à croire que c’est fait exprès) avec le nihilisme (cf articlesur Mad Max).
Cette citation c’est un peu : « Ahah je vous ai encore bien baisé » - Hideo Kojima. Parce qu’une nouvelle fois, l’auteur de ce jeu a joué avec nos perceptions, nous a fait voir des choses pour finalement nous dire qu’on a été un peu bête de tout croire comme ça et qu’on a interprété seulement ce qu’on a vu. Ici, l’idée que j’expliquais pour Metal Gear Solid 2 est largement reprise bien que cette fois ce n’est plus sous la forme de simulations mais d’interprétations ce qui n’est au fond pas si différent. Si vous avez été attentif jusqu’ici, pensez au langage. Le langage, c’est donné un sens à notre réel avec des symboles, des signes donc la langue est une interprétation de ce que l’on voit. Ainsi la réalité comme on la voit aujourd’hui ce n’est qu’interprétations, apparences : « Nous avons aboli le monde vrai : quel monde restait-il ? Peut-être celui de l'apparence ?… Mais non ! En même temps que le monde vrai, nous avons aussi aboli le monde des apparences ! » (Nietzsche). Cette citation montre le paradoxe des faits, du réel : si le réel n’est qu’apparence, l’apparence devient le réel. Et ça devient un peu mind fuck comme genre de théorie. Cette idée est poursuivi par Baudrillard un français que j’ai déjà largement évoqué pour MGS 2 mais qui est très utile aujourd’hui avec son ouvrage Le crime parfait. « [Le réel] nous a été donné comme simulacre, et le pire est d’y croire à défaut d’autre chose » écrit-il poursuivant cette idée de manière encore plus extrémiste. On nous gave d’un certain « réel » avec des images et c’est encore pire aujourd’hui avec la télévision. Par exemple les journaux télévisés filment le réel, et pourtant ils s’amusent à l’investir d’un sens qui déforme la réalité et donne l’impression aux plus crédules d’entre nous que le monde est actuellement en pleine apocalypse avec crimes, meurtres, viols, etc. Les faits n’existent plus, il n’y a plus que l’interprétation que l’on a des images que l’on nous expose.
A la fin Kojima, simule parfaitement cette idée. Durant tout le long nous avons supposé être Big Boss et en fait non, ce n’était qu’un remplaçant. Coup dur n’est-ce pas, on s’est laissé duper par les images, par la confiance aveugle en l’information. Ça fait un peu réfléchir à l’influence qu’ont les images sur nous, et c’est le même genre de réflexions que propose MGS 2 ou en un sens Bioshock premier du nom (mais ça on le développera un autre jour je le promets). A quel point la réalité est-elle déformée par la langue, les images, la culture, ses propres sentiments ? Existe-t-il une réalité en dehors de tout ça ?

Metal Gear Solid V est donc un jeu qui malgré ses défauts évidents m’a beaucoup plu par son intelligence (et puis bon c’est du MGS alors quoi qu’il advienne c’est le meilleur jeu de l’année cqfd). Une nouvelle fois il s’intéresse à la manipulation dans le sens du langage mais aussi dans la réalité et cela est appuyé par sa réflexion que je n’ai pas développée ici sur le culte de la personnalité envers Big Boss à Mother Base. En sortant du jeu il est bon de se demander jusqu’où on peut se faire manipuler consciemment ou inconsciemment ou à quel point la réalité qui nous entoure est vraie et pure ou disparue.

Nerd Anonyme

jeudi 23 juillet 2015

Blaise Pascal hésitant devant Bioshock

Le pari de Bioshock

Alors que je voulais me lancer dans un grand article fournissant une analyse pointue du premier volet de la série de jeux-vidéo Bioshock, je me suis rappelée que les grandes vacances étaient synonymes de paresse. Ainsi je me contenterai d’un petit texte un peu nul sur un seul et unique élément de Bioshock 1. Bien entendu, une fois cette fainéantise levée, je jure de faire honneur à ces jeux si remarquables.

Donc ici il s’agit de quelque chose d’un peu plus différent, je vais juste vous expliquer un concept philosophique à travers Bioshock 1 et il s’agit du pari de Pascal (*foudre*).  Alors Pascal, Blaise pour les intimes est un philosophe plutôt connu par tous grâce à sa phrase « le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point » que vous pouvez trouver mal comprise (parce que non il ne s’agit pas d’amour mais de religion) sous un bon paquet de photos de profil Facebook. Donc Blaise dans ses célèbres Pensées, exprime sur quelques lignes le pari de la croyance en Dieu. Mais finalement cette réflexion (que j’expliquerai plus tard ne paniquez pas) s’applique à tous les paris et ce cher Blaisou a utilisé Dieu parce que voilà il était croyant et il voulait expliquer en quoi la croyance n’était pas plus absurde qu’autre chose.

Aparté sur Bioshock 1 parce que là on commençait déjà à s’ennuyer. Ce jeu est remarquable et a été applaudi notamment grâce au choix moral qu’il nous impose en cour de partie. Il s’agit du choix des petites sœurs. L’action se passe dans la ville de Rapture, une ville sous-marine régie par la science dans laquelle tout le monde se fait des mutations génétiques grâce à l’Adam. Sauf que c’est un peu parti en vrille et maintenant les gens sont un peu fous. Les petites sœurs donc sont des fillettes de 7 ans génétiquement modifiées et conditionnées pour récupérer l’Adam des cadavres de Rapture (la lutte pour le travail des enfants est pas bien avancée je crois). Lorsque vous en croisez une, vous êtes face à deux choix : soit vous la « récoltez » (ce qui revient à la butter, kids ? i dont give a shit) et dans ce cas vous avez plein d’Adam et donc plein de pouvoirs et donc le jeu est plus facile ; soit vous la sauvez et dans ce cas vous êtes vraiment sympa mais vous allez avoir moins d’Adam donc le jeu sera plus chiant.

Ce moment gênant où tu veux tuer une petite fille
Revenons à Pascal maintenant. Selon lui, croire en Dieu est statistiquement plus intéressant : si on décide de croire en Dieu donc de s’imposer tous les désagréments du dogme comme le carême, la messe, les sacrements et tout le bordel et bien au moment de la mort si Il existe on va au paradis donc on a un bonheur infini et si Il n’existe pas et bah c’est le néant et on a mal cru. Si on décide de ne pas croire en Dieu, on a une vie plus cool pleine de coc et de putes et au moment de la mort, si Il n’existe vraiment pas bah voilà on a eu raison de se faire plaisir mais si Il existe c’est direction l’enfer et la damnation éternelle. Donc Pascal suppose qu’il vaut mieux croire en Dieu parce qu’au pire on aura juste tord alors que si on y croit pas, au pire on se tape la souffrance infinie.

Dans Bioshock on a le même raisonnement puisqu’il y a deux fins différentes selon le choix qu’on a fait [ZONE SPOILER]. Si tu décides de tuer toutes les petites sœurs, le jeu c’est du easy shit sauf que tu as une fin où ton personnage devient un peu un gros fdp et puis le monde risque une guerre nucléaire toussa toussa. A contrario si tu les sauves, à la fin tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, tu remontes à la surface avec les petites filles qui deviendront tes biatch (ou ta famille) .[Faut aussi rajouter que si on les sauve au bout d’un moment leur créatrice va vous offrir des objets vraiment cools mais ça, ça fait des paramètres en plus donc fuck the world].

Olala je suis vraiment un gentil personnage
Ce jeu conceptualise donc plutôt bien le pari de Pascal. Tout est une histoire d’investissement à long ou à court terme. Alors vous faites pas chier à croire en Dieu, et vivez l’expérience dans Bioshock.

PS : Bioshock 2 offre le même genre de choix sauf que j’y ai pas joué depuis longtemps donc je l’ai pas pris en exemple l’ayant bien moins en tête.



Nerd Anonyme

samedi 11 juillet 2015

Descartes achète un robot

Une machine peut-elle penser ?

Cette année, avec la sortie de Chappie, Ex Machina, les nouveaux héros ou avengers l’ère d’Ultron, on peut dire que l’un des thèmes les plus récurrents de 2015 est l’intelligence artificielle. Déjà, au début de l’année avec la sortie d’Imitation game, sorte de biopic sur Alan Turing homme brillant ayant fait quelques travaux sur le sujet on a pu sentir à quel point le propos tient à cœur aux mentalités en ce moment. Bien entendu Her l’année dernière, ou Blade Runner, A.I ou 2001, l’odyssée de l’espace bien avant, prouvent l’interrogation de longue date de l’homme sur le sujet de la machine qui pense. L’intelligence artificielle est un domaine qui interroge beaucoup la physique et les sciences en général et ces branches étant l’exact opposé de mon rayon de prédilection, je vais m’essayer à expliquer aujourd’hui les enjeux philosophiques et non scientifiques de l’intelligence artificielle.

Surprise mother fucker
L’intelligence artificielle se base sur le principe qu’une machine puisse imiter un humain. Il ne s’agit pas de faire un robot comme l’homme mais capable d’imiter l’homme ce qui est sensiblement différent et prouve que l’intelligence artificiel, plus qu’un fantasme est peut être plausible. Une machine peut-elle imiter un homme ? C’est ce que nous montre le film Chappie de Neill Blomkamp au début lorsqu’au cours de son éducation, Chappie le robot passe par une phase d’imitation. Ici, on part du principe que pouvoir imiter l’homme c’est être une intelligence artificielle et certains peuvent rétorquer que l’humain restera supérieur par sa conscience. Le courant de philosophie de l’esprit qu’est le computationnalisme soutient que le cerveau humain est comme un ordinateur et que chaque état mental n’est que le résultat d’un calcul suite au traitement d’une information. Cette philosophie se base sur le principe que chaque réaction est due à une cause et que si on comprend ses principes de causalité on peut imiter le cerveau humain. Si celui-ci n’est que mathématiques, s’il ne s’agit que d’une relation de causalité, l’esprit humain est imitable. Descartes avait déjà une approche de ce type avec sa théorie de l’animal machine (il n’estimait pas cette idée pour l’homme mais que pour l’animal). En effet selon Renée Descartes, philosophe du XVIIeme très important dans l’histoire de la philosophie notamment parce qu’il est le premier à avoir écrit un ouvrage en langue vernaculaire et non en langue latine en France, le comportement animal ne répond qu’à quelques mécanismes décelables. La Mettrie, autre français, un siècle plus tard radicalisera cette thèse en parlant d’un homme-machine. Ainsi il prône la méthode empirique, idée selon laquelle toute connaissance est le fruit d’expériences. L’idée de La Mettrie rapportée au monde réel soutient donc la possibilité de faire d’une machine l’imitation parfaite d’un humain : il lui suffit de faire des expériences à l’image de l’OS1 dans le film Her qui découvre des sentiments en expérimentant des choses.


Pourtant bien des critiques s’opposent fermement à la possibilité de l’homme machine. Reparlons de Descartes que nous avions bien vite survolé. Il parlait d’un animal machine mais pas d’un homme machine car selon lui il existe une dualité chez l’être humain : l’âme et le corps. L’homme possède une âme qui est elle-même une substance pensante (d’où la fameuse phrase « je pense donc je suis »). Cette âme est là dès le primitif de l’homme : grossièrement on peut expliquer que certes nous nous développons grâce à nos expériences mais il existe une substance à l’origine (notons que Descartes croyait très fort en Dieu). S’il existe une âme, quelque chose d’unique à l’homme et bien on ne peut créer l’équivalent. Hubert Dreyfus, philosophe américain contemporain, soutient que l’intelligence artificielle n’est pas impossible mais s’oppose vivement aux théories computationnalismes évoquées plus tôt et pour se faire il s’appuie sur la phénoménologie et plus précisément sur Martin Heidegger (philosophe du XXeme, incontournable dans l’histoire mais créateur de polémiques puisqu’il avait quand même une carte du parti nazi). La phénoménologie se concentre elle aussi sur les expériences vécues donc sur les phénomènes. Selon Heidegger, on ne peut théoriser la vie, car plus que la réaction mécanique à certains phénomènes l’homme est en capacité de comprendre ce qu’il fait et il possède un certain instinct. Dreyfus reprend donc cette idée face aux computationnalistes et argue que même si on peut établir des lois de comportements à partir de causes on ne peut pas toujours en faire des principes absolus et le contexte reste très important. Dans Her par exemple cela appuierai l’idée que le robot ne pense pas : Samantha n’a pas d’identité propre elle ne fait qu’imiter son premier possesseur sans comprendre.

La possibilité de l’intelligence artificielle se base en réalité sur une certaine vision de l’esprit humain. Mais ne pouvons-nous pas retourner le problème dans l’autre sens ? La question est de savoir si une machine peut imiter l’homme mais est-ce que l’homme peut devenir une machine ? C’est ce que déplore le philosophe français Jean Baudrillard décédé récemment en parlant de l’homme virtuel qui pense de moins en moins dans son texte « Xerox et l’infini ». Selon lui les machines se différencient de l’homme car elles n’ont pas de « plaisir de vivre ». Sauf que l’homme se collant aux images, devenant un handicapé par son entourage technologique, perd petit à petit cette capacité et donne en spectacle son intelligence aux machines. L’homme est devenu un écran. Devant se réduire aux capacités des machines, sa vision est déformée et réduite par les possibilités de celles-ci quand bien même il aurait été capable de les dépasser. Il n’y a plus une action « qui ne désire être photographiée, filmée, enregistrée ». L’homme s’exorcise dans la machine et devient donc la machine. Ainsi selon cette vision de la modernité, l’homme en développant les machines en devient une à son tour et se laisse assister par ce qu’il a créé le rendant encore plus neurasthénique. Pour citer Her à nouveau, c’est un peu un personnage comme cela qu’est le personnage principal : seul, entouré de machines et ne créant lien qu’avec celle envers qui il a transmis son intelligence. Il se complet dans ce lui-même qu’il a créé à travers Samantha et vie selon les contraintes d’une machine depuis qu’il a entamé une relation avec elle (comme l’impossibilité de faire l’amour par exemple). D’autres films de science-fiction mettent en évidence cette frontière très floue qui peut découler du développement des machines : par exemple le chef-d’œuvre qu’est Blade Runner pose un mystère quant à l’identité du personnage joué par Harrison Ford : à la fin on ne sait pas s’il est un homme ou une machine.


L’intelligence artificielle est-elle plausible ? Tout dépend du point de vu objectif que l’on a à propos de la conscience et des réactions humaines. L’intelligence artificielle est aujourd’hui un fantasme humain qui inocule la culture mais il faudrait aussi se demander ce que la course à la machine qui pense peut engendrer sur l’humanité. A vouloir tout déléguer aux machines il pourrait arriver une déshumanisation massive.


Nerd Anonyme

vendredi 12 juin 2015

Spock disciple de Sénèque

La philosophie vulcaine

Alors que, depuis la mort de Leonard Nimoy ce février, je faisais un rallye star trek pour la cinquième fois, j’eus comme une révélation à propos des vulcains. Les vulcains, pour ceux qui se sont endormis dans le fond, sont une race présente dans l’univers de Star Trek et sont représentés particulièrement par le cultissime Spock. La révélation que j’ai eu à leur propos donc, c’est que leur philosophie de vie s’apparente complètement au Stoïcisme, philosophie d’abord grecque puis latine qui avait sa petite influence dans le monde antique. Cette philosophie est aussi intéressante que la culture des vulcains alors partons pour une petite explication détaillée. Je préviens par avance, je vais surtout prendre des références issues du reboot de Star Trek de notre cher J.J Abrams (qui illustre à lui tout seul l’absurdité de la guerre Star Wars, Star Trek) parce que même si le matériau d’origine est formidable et immortel, il est hélas moins connu de tous et seuls les plus érudits ont encore ses répliques en tête. Le reboot est ce qui a permis à Star Trek de se réinsérer dans la culture voilà pourquoi il sera ma principale base de réflexion.

Live long and prosper

Le Stoïcisme est un courant philosophique né à Athènes en -301 et qui a traversé les siècles non sans quelques modifications pour se faire une place dans la grande Rome. Ces principaux ambassadeurs furent Cicéron mais surtout Sénèque qui aujourd’hui reste dans la mémoire commune comme le grand stoïcien. Il est au stoïcisme ce que le seigneur des anneaux est au genre fantastique en somme. Le stoïcisme est une philosophie complexe qui se base sur beaucoup de critères donc je vais forcément en omettre énormément pour cette analogie avec les vulcains.

Le but de l’école stoïcienne comme le but de l’éducation vulcaine est de former des sages. On est sage lorsque l’on vit à travers la Raison. L’un des outils qui permet cette sagesse et qui est essentiel aux vulcains est la connaissance et les sciences. En effet, la science est quelque chose de relativement rationnel et qui s’appuie sur des certitudes solides. C’est ainsi que les vulcains ont une Académie Vulcaine des sciences très renommée et que le film Star Trek (2009) montre pour la première fois la planète avec des enfants qui étudient les sciences. Ils étudient surtout les sciences célestes qui étaient selon Sénèque très importantes à maîtriser. Spock représente cette conscience scientifique puisqu’il est lui-même officier scientifique au sein de l’Enterprise et comme il le dit si bien dans Star Trek into darkness : « I am Vulcan, sir. We embrace technicality. » (« je suis Vulcain monsieur. Nous embrassons la technique »). La connaissance est si importante pour les vulcains et pour les stoïciens parce qu’elle permet un mode de réflexion basé sur la Logique.

La logique est en effet une chose très importante pour ces deux cultures. On ne compte même plus le nombre de fois où Spock dit le mot « logique » rien que dans les deux derniers Star Trek. Leurs décisions, leurs actions, les vulcains comme les stoïciens les effectues grâce à la logique à tel point que dans la vieille série (parce que ça me fait trop mal au cœur de pas l’évoquer quand même) Amanda Greyson s’énerve en clamant : « Logique ! Logique ! J’en suis malade de la logique ! Vous voulez savoir ce que je pense de votre logique ? ».  Selon les stoïciens, la logique est même la partie première de la philosophie. Ils ont eux-mêmes fondé une nouvelle logique qui est la logique par les propositions. Cette logique est assez compliquée et longue à expliquer alors je vais le faire en traits très grossiers mais néanmoins si cela vous intéresse particulièrement internet est un lieu de connaissances inépuisable. La logique stoïcienne est ce qu’on pourrait appeler aujourd’hui le "calcul des propositions". Leur logique s’apparente au discours mais on peut l’extrapoler aux décisions et elle se base sur une croyance qu’il y a toujours des possibilités et jamais de termes. Comme le dit Spock dans le Star Trek de 2009 : « It was logical to cultivate multiple options. » (« il était logique de cultiver plusieurs options »). La connaissance et les sciences permettent la possibilité de plusieurs propositions.

Une fac sympa
C’est cette logique qui crée l’éthique stoïcienne et vulcaine. Leur éthique se base sur un contrôle des sentiments. Ce contrôle est possible grâce à la logique et la raison. Il s’agit de ne pas se laisser entraîner par ses passions mais il ne s’agit pas non plus de ne rien ressentir : le tout c’est de contrôler. Ce contrôle est accessible par l’éducation (l’éducation vulcaine embrasse cette idée). Les stoïciens comme les vulcains ont donc une vie non pas régie par les passions mais par le devoir. Un vrai sage est celui qui accomplit son devoir parfait, qui suit sa fonction propre à la lettre. En effet la philosophie stoïcienne se base sur la nature et sur ce qui est conforme à la nature. En faisant son devoir on suit ce que la nature a décidé pour nous : « Se serait totalement illogique d'aller à l'encontre de notre nature. » dit Spock dans la série. Avec cette idée de nature, s’accompagne une idée de destin. Selon les stoïciens, tout ce qui se passe dans notre monde est lié à une seule et même cause totale. La nature est donc universelle car elle sert un but commun et sachant que tout est lié, nous sommes esclave d’une destinée. Voilà pourquoi le Spock du futur dans le premier Star Trek (2009) parle de ses choix selon une destinée et pourquoi Spock au début de into darkness n’a pas peur de la mort : La mort est ce que la nature a choisi pour nous, si elle survient c’est dans un but logique, il faut donc l’affronter. « The purpose is to experience fear, fear in the face of certain death, to accept that fear, and maintain control of oneself and one's crew » (« le but est d’expérimenter la peur, la peur en face d’une mort certaine, d’accepter cette peur, et maintenir le contrôle de soi-même et de son équipage ») est ce qui fait un bon capitaine selon Spock. A partir du moment où l’on accepte que la mort est une nécessité de la nature il ne sert à rien d’en avoir peur. Là où Sénèque (plus que le stoïcisme) se rapproche beaucoup de Spock c’est dans cette conception de la mort : il ne faut pas en avoir peur mais malgré tout la vie reste un bien au sens du patrimoine. Voilà pourquoi Spock sauve les savants au moment de la destruction de Vulcain.

Alerte Vulcain fragile
La philosophie stoïcienne est bien plus profonde et complexe que cela et englobe beaucoup d’autres sujets mais j’ai choisis ces grandes lignes permettant une analogie presque parfaite entre les stoïciens et les vulcains. Comme quoi, l’aspiration de Star Trek à représenter notre monde réel est bien réussie puisque les piliers de l’antique philosophie vulcaines sont les mêmes que ceux de notre antique philosophie latine.


Nerd Anonyme 

mardi 2 juin 2015

Platon joue à Metal Gear Solid 2 dans sa caverne

Le sens de Metal Gear Solid 2

Comme je pouvais l’expliquer dans mon premier article, le jeu vidéo est un art. Ainsi, il est doté d’un rôle, celui de transmettre un discours. Par discours j’entends une réflexion sur l’être humain, sur la société en général, une réflexion qui peut parfois s’accompagner d’une critique ou n’être qu’une simple imitation. Si je prends l’exemple de Mario Bross, c’est un jeu qui ne reprend que le schéma du sauvetage de la demoiselle en détresse qui est une imitation de notre société dans laquelle les stéréotypes et notre culture placent l’homme comme sauveur de la femme car il est plus fort plus courageux, etc. Dans ce jeu il ne s’agit que d’une imitation et la reprise d’un schéma si connu de tous permet de rendre le divertissement plus accessible. Mais parfois (même souvent aujourd’hui), on trouve des jeux qui vont plus loin dans le procédé et tentent d’installer une vraie réflexion, parfois inspirée des plus grands. Parmi tous ces jeux, prenons le cas de ce chef-d’œuvre qu’est Metal Gear Solid 2.

Metal Gear Solid 2 : Sons of liberty, est un jeu absolument génial si ce n’est grandiose mais ici il ne s’agit pas de le vanter mais d’extraire tout ce qui en fait sa puissance philosophique. Pour ce faire nous allons surtout nous atteler à la fin qui est le puissant moment de révélation. Donc, si vous n’y avez pas joué et que vous comptez le faire, arrêtez-vous là sauf si ça ne vous dérange pas d’être spoilé bien salement (soyez prudent un jour ce sera à propos de game of thrones et vous ferez moins les malins). Sinon pour les autres, en avant.

Tu la vois venir ma grande portée philosophique ?

La fin de Metal Gear donc, c’est ce moment assez difficile où l’on découvre que notre avatar, Raiden, est en fait manipulé depuis le début. On comprend que l’on joue à une simulation qui elle-même est une simulation (simulationception).  Même si ce mécanisme est assez courant aujourd’hui, quand le jeu est sorti, cela ne l’était pas tellement (dans le cadre des jeux-vidéos parce qu’en ce qui concerne les autres arts, le cinéma surtout, le concept est déjà bien usé). La simulation est, déjà, le premier enjeu qu’il faudrait aborder pour l’explication de ce dénouement notamment à partir de cette phrase : « Dans notre monde, la réalité absolue n’existe pas » prononcée par Solid Snake. Qu’est-ce que ça veut dire grand dieu ? En fait nous vivons dans une sorte de matrice. Bien entendu je n’utilise pas ce terme au hasard puisque Matrix reprend exactement la même problématique. Aujourd’hui nous avons un problème d’apport avec le réel et le jeu essaie d’amener une réflexion sur le fait que nous vivons dans une simulation tout le temps. Baudrillard, philosophe français contemporain écrivait dans son livre simulacres et simulation que « le réel n’existe plus ». Dit comme ça, je l’accorde, ça fait un peu théorie du complot mais laissez-moi développer la chose. Cette réflexion s’inscrit dans une logique contemporaine au sein de laquelle nous sommes sans cesse assaillit d’images, de modèles, de publicités. Ces images nous montrent des modes de vie, des schémas comme la famille parfaite de la pub Ricoré ou « la fille dans la voiture ». La vie moderne est une simulation de ces modèles que l’on nous montre. Comme ça c’est un peu grossier et je t’imagine bien toi derrière ton écran en train de t’exclamer « mais je ne suis pas dupe ! ». Bien sûr que si tu l’es. Prenons un exemple bien précis, celui de la marque Abercrombie. Quelqu’un peut-il m’expliquer pourquoi leurs fringues sont si chères ? Parce que dans la pub c’est un mec musclé en noir et blanc que tu vois, parce que le magasin il faut faire la queue pour y rentrer et que le bâtiment est beau et que y’a de la musique, etc. La marque te fait croire que porter son vêtement c’est la classe, que c’est un signe de richesse donc elle te vend un haut en coton à prix d’or alors que, entre nous, y-a-t-il une grande différence entre ton haut Abercrombie et celui petit bateau à part le nom de la marque ? Non, mais on simule le fait qu’il y ait une différence. C’est un peu la problématique du monde sensible de Platon (l’un des philosophes grecs famous avec la barbe la plus longue, un peu style Gandalf). Nous vivons selon lui dans le monde sensible. Le monde sensible c’est cette réalité corrompue par les sens, par les apparences et les croyances et, à ça, s’oppose le monde intelligible qui lui est fait des réalités immuables et régit par la Raison. Le monde intelligible peut être atteint mais par peu et finalement nous demeurons tous ou presque dans le monde sensible. (Mon explication étant grossière pour ne pas trop m’étaler, je t’invite à te cultiver en lisant cette allégorie de la caverne qui se trouve dans La République parce que si ce n’est pas déjà fait tu devrais avoir honte). Si le jeu transmet si bien cette question de simulation c’est en brisant sans cesse le quatrième mur avec des réflexions comme « il faut éteindre la console maintenant » ou en plaçant ton propre pseudo sur les plaques que regarde Raiden. En s’adressant à son joueur,  le jeu demande très simplement : Qui simule ? L’avatar dans un jeu représente le fantasme de toute puissance mais si même lui est dupé, que penser de Moi ?


Le deuxième enjeu de Metal Gear 2 est bien entendu celui de la liberté (avec comme sous-titre sons of liberty on s’y attendait presque). Ici est évoquée la thèse de la liberté dans un contexte (puisque les patriotes créent le contexte). Spontanément, on peut se dire que si on est encadré il n’y a justement aucune liberté et pourtant il pourrait s’agir de l’inverse. Par contexte, j’entends l’ensemble des lois ou des accords moraux encadrant nos vies. Rousseau dans Du contrat social (un peu la bible des professeurs de philosophie) prétend qu’avec le pacte social, donc l’instauration d’une constitution, nous perdons notre liberté naturelle mais nous gagnons notre liberté civile et morale. La liberté naturelle est celle dont la seule limite est la force propre à chaque individu donc elle privilégie la loi du plus fort. La liberté civile c’est l’obéissance à la loi de notre plein gré et la liberté morale c’est de ne pas être possédé par ses pulsions. Car les pulsions ici sont l’inverse de la liberté comme le considérait déjà le personnage de Socrate (mit en scène) dans le Gorgias de Platon : Il argue contre Calliclès que l’homme doit s’imposer un cadre moral (le contexte) même individuellement car le désir, notion insatiable, est synonyme de servitude. Alors quelle est la vraie liberté ? Celle naturelle lorsque l’on est mue par la force et le désir ou celle morale lorsque l’on vit en se maintenant et en suivant les règles ? Dans le jeu, Solidus Snake réclame dissolution du contexte par une révolution. A contrario Solid Snake semble pouvoir s’en contenter. Parce que, en fait, on est libre au sein du contexte. Ce jeu défend cette position car finalement n’est-ce pas l’essence même du jeu vidéo ? On est contraint par un contexte, une carte, une ligne directrice mais on est libre de prendre un chemin plutôt qu’un autre, esquiver ce coup ou le prendre. A la fin, Solid Snake appelle à la liberté en disant que celle-ci se trouve dans la transmission et la quête de soi. Mais cela peut-il se faire sans le contrôle des folies humaines par les patriotes ? Le problème c’est que le contexte est géré par nos gouvernements et que, pour le maintenir, il faut surveiller. Ainsi apparaissent des lois comme, dans la réalité, la loi sur le renseignement internet. On peut alors se demander s’il s’agit ici d’un acte liberticide ou d’une volonté de protéger le contexte.

Finalement, Metal Gear Solid 2 se place parfaitement dans les problématiques actuelles. Il englobe le problème d’une enfoncée dans la simulation par les réseaux sociaux ou les publicités et pose de réelles questions sur l’essence même de la liberté en se demandant jusqu’où peut aller le contexte encadrant la vie sociale. A partir de quand le contexte, participant à la simulation, détruit-il la liberté qu’il devrait garantir ?


Nerd Anonyme

mardi 26 mai 2015

Freud explique Mad Max : Fury Road

Pourquoi le scénario de Mad Max n’est-il pas inintéressant ?

Alors que je rentrais avec encore du sable, des guitares électriques, et de l’épique plein la tête j’ai très vite cherché à savoir ce que mon ami l’internet pensait de ce film qui vient de sortir et dont tout le monde parle : Mad Max : Fury Road. Un avis presque unanime sur les grandes qualités de  l’œuvre, ses effets spéciaux ou sa mise en scène se profile sous mes yeux satisfaits jusqu’à ce que je réalise que beaucoup hurlent au scandale à propos du scénario. Alors que justement ce qui fait que Mad Max n’est pas un fast and furious bien crade c’est grâce à son scénario c’est grâce à ce qu’il nous transmet. Prend garde internet, nous sommes parti pour une analyse de Mad Max.

Mad Max, en plus d’être un film d’action pure extrêmement bien fait s’amuse à dégager des thématiques (pour beaucoup déjà présentes dans les anciens car chères au réalisateur) intéressantes : une critique de la société capitaliste, une analyse de l’autocratie et peut être du féminisme mais on y reviendra. Des thèmes pour le moins « simples », récurrents dans nos films récents mais qui sont bien là et traités de manière assez intelligente. Alors quand bien même le message de Mad Max serait primaire, il n’est pas inexistant.

Commençons par le plus simple, le plus grossier, ce qui frappe immédiatement le regard : la critique d’une société capitaliste qui s’accompagne avec une réflexion sur le totalitarisme. Remettons en place le contexte : Dans Mad Max, l’humanité s’est effondrée. Depuis la terre n’est qu’un long désert dans lequel des clans se sont formés et sont rivaux. Bref c’est une belle anarchie, Sid Vicious aurait aimé voir ça. Dans tout ce merdier Max se fait attraper et se retrouve prisonnier d’une citadelle, petite autocratie dirigée par Immortan Joe qui a vraiment mais vraiment une tête de méchant, sorte de Dark Vador sans le côté Anakin mignon qui se serai perdu durant des années sur Tatooine.

Coucou
Cette citadelle représente notre société actuelle avec des traits extrêmement grossiers et caricaturés. Ici on dépeint un peuple qui fonctionne sur le besoin, dépendant de l’eau, de la nourriture, tous ces biens que possède notre cher Joe. Ils vivent sur un mode de consommation constante (au point où l’autre est devenu un bien par son sang) et c’est ce mode de vie qui tient la société : Immortan détient les ressources ainsi il détient la population, entre tribus ils ne font la paix que par l’échange, le commerce. Dès qu’il ne s’agit pas de donner, il n’y a que la guerre en retour. Le commerce permet la paix, exactement comme dans notre monde d’interdépendances actuel. Les marques sont omniprésentes dans le film avec la fameuse « eau cola » ou « gaz ville » ce qui appuie encore plus cette démonstration d’un monde de capitalisme. Si les traits sont si grossiers c’est pour présenter un peuple caricaturé esclavagé par la consommation, qui ne se rend pas compte de ce qu’il se passe et qui obéit aveuglement tant qu’on lui donne. Se dégage dans cette première image un nihilisme pessimiste. Le nihilisme c’est le fait que « les  hautes valeurs se dévalorisent ». C’est une notion introduite par Nietzsche (le philosophe dont personne ne retient l’orthographe du nom) à la fin de XIXe et reprise plus tard par Cioran, philosophe roumain d’expression française qui, au nihilisme rajoute le pessimisme, donnant une vision sans espoir de l’humanité : « […] nous galopons vers des horizons d'apoplexie, vers les miracles du pire, vers l'âge d'or de l'effroi. » écrit-il à propos de sa société, ce qui illustre bien l’image de l’humain du futur que nous offre Mad Max.

Sauf que nous vivons au sein de "démocraties" principalement alors que dans le film il s’agit d’une autocratie, il n’y a qu’un homme à la tête de tout ceci, Immortan qui pourrait représenter à lui seul l’élite possédant les ressources qui nous asservie en quelques sorte. En effet, si on maintient l’idée que le film représente notre société, il nous montre aussi en quoi nous vivons aujourd’hui dans une sorte de tyrannie, celle des grandes marques et des élites. Pourquoi Immortan Joe est-il devenu un tyran ? Petit 1, parce qu’il s’est accaparé les ressources. Mais surtout petit 2, parce que son peuple est ignorant. Selon La Boétie, humaniste du XVIe siècle, si les tyrannies montent ce n’est pas plus la faute du despote que celle du peuple qui est complice de tout ceci en l’acceptant. Bien plus tard Hannah Arendt au lendemain de la seconde guerre mondiale, poursuivra cette réflexion en se demandant d’où vient l’acceptation du peuple. Celle-ci ne vient pas forcément de la lâcheté ou de la peur mais de la bêtise. On annihile la capacité de réflexion des masses qui acceptent comme des bêtes. Dans Mad Max, le peuple est ignorant, ce qui est illustré par la réplique de Splendid lorsqu’elle jette Nux du camion : « Alors qui a détruit le monde ? ». Elle ne sait pas, personne ne sait, la situation est arrivée et comme personne n’en connait la cause elle est acceptée. Dans notre société actuelle, seule l’élite sait comment fonctionne vraiment le commerce ou même la politique et c’est cette absence de connaissances qui plonge, dans le cas du film les personnages sous la domination d’Immortan et dans le cas du parallèle avec notre société, sous la domination des entreprises. Tout comme les personnages ne vont pas manifester auprès de leur chef pour récupérer plus d’eau, il ne nous est jamais venu à l’esprit d’aller casser l’entreprise Evian pour récupérer cette ressource naturelle.

Tes mamans
Si les femmes sont si importantes dans le film c’est qu’elles représentent l’appel à la révolte et qu’elles mettent en place le schéma du meurtre du père théorisé par Freud lui-même. Si le réalisateur a choisi des femmes pour ce rôle je ne suis pas sûre que cela soit du féminisme ostentatoire mais je pense que les femmes ont été choisies pour symboliser l’image de la mère, c’est-à-dire l’opposé direct du père mais peut être que je me trompe. Ces demoiselles sont les Lumières et de par leur capacité reproductrice, elles sont l’espoir. Le peuple ignorant représenté par Nux devient éclairé face à l’intelligence d’une des filles et comprend et n’accepte plus le tyran. La jeune fille blonde évoque les premières formes de déisme (c’est-à-dire le pouvoir de pratiquer la religion comme on l’entend) lorsqu’elle prie en disant qu’elle ne s’adresse à personne en particulier. Les femmes ici sont la philosophie des lumières. Et ce sont ses femmes qui [ici on part sur une base de spoil alors libre à vous de continuer] vont tuer Immortan Joe, le père. Selon Freud, le meurtre du père est l’avènement de l’acte social, c’est la création d’une fraternité autour du crime qui permet la destruction d’une tyrannie stérile (projet social assez véridique dans l’histoire, pensons à l'exécution de Louis XVI qui a unie toute une partie du peuple français autour du meurtre du père de la nation).

Alors comment comprendre Mad Max ? On peut le voir comme un film qui dénonce notre asservissement à l’élite autoproclamée. On pourrait peut-être aussi y voir un appel à la réflexion, à la volonté de ne plus être « suiveur » mais chercher à comprendre ce qui nous entoure et après choisir de l’accepter ou pas. Mais il est possible que je verse dans la surinterprétation puisque mon point de vu jusque-là est influencé par des réflexions très personnelles. De plus je n’ai pas tout évoqué et Mad Max peut être analysé plus rigoureusement que ça. Mais il n’empêche que le film est plus qu’une course poursuite de deux heures et qu’il tente de dégager des enjeux que chacun est libre d’interpréter comme il le veut.

Nerd Anonyme